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Déc 10

Festival de la presse

Liberté fondamentale indissociable de la démocratie, la liberté d’expression en France avait tendance a être tellement banale qu’on aurait pu l’oublier…jusqu’aux attentats de Charlie Hebdo où il est apparu violemment que la protéger n’était pas vain.

Après les attentats parisiens du 13 novembre, le délégué général de la Fédération des Centres Sociaux de France a défini nos Centres comme « des lieux où dialogue, respect de la dignité humaine, construction de la solidarité de proximité font face au sectarisme, au manque d’avenir ».

Engagée au quotidien pour la défense des valeurs humanistes, guidée par la liberté d’expression, le réseau des centres sociaux de la Vienne soutient nombre d’actions en ce sens.

Une web-radio animée par des jeunes au Local (Poitiers), une série de courts-métrages sur la discrimination

…ou encore une semaine de la presse à Châtellerault : l’idée est apparue l’an passé dans la tête d’une jeune journaliste italienne, Carmen Cretoso, venue passer quelques mois en service volontaire européen au Centre social des Minimes. L’objectif ? Sensibiliser les jeunes au monde des médias.

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Une idée d’autant plus pertinente à Châtellerault que le terrain y est fertile : classe journalisme au Collège Descartes, classe médias au Collège George Sand, radio au lycée Branly et journal lycéen aux Lycées Berthelot et du Verger ! Sans compter les équipements et associations au service de l’expression : le cinéma d’art et essai Les 400 coups,  le studio son / vidéo au « 4 », l’association des Petits Débrouillards…

« J’aime me servir des opportunités que nous avons sur le territoire. Il faut se saisir des forces en place ! » explique Khalid Essbaï, animateur du Centre social des Minimes. « Suite aux attentats du 7 janvier, nous avons tous été bouleversés. Être assassiné pour avoir usé de sa liberté d’expression reste incompréhensible pour les citoyens d’un pays démocratique. En discutant avec Jacques Arfeuillère, l’enseignant responsable de la classe journalisme au collège Descartes, nous avons eu envie de continuer à travailler ensemble. »

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Ainsi, au café-philo organisé par le collège répond maintenant un café-cité organisé par le Centre social. Les intervenants et les participants peuvent passer de l’un à l’autre. Le rendez-vous mensuel attire des habitués et des curieux, des élèves et des parents. Un espace de parole riche.

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Et, suite à la première semaine de la presse initiée par Carmen au mois de juin dernier, une deuxième semaine de la presse vient de rassembler, du 12 au 16 octobre 2015, collégiens, professeurs, animateurs, jeunes et artistes autour du thème « Peut-on tout dire, peut-on tout écrire ?». Le programme a mêlé rencontres, ateliers, ciné-débat avec le cinéma Les 400 coups, exposition photo au « 4 »…dans une foisonnante alchimie entre les différents acteurs châtelleraudais.

Jacques Arfeuillère, professeur de français, et Séverine Lenhard, documentaliste, portent la classe journalisme du collège Descartes depuis 8 ans. Investis dans leur mission de « faire connaître autre chose aux élèves que l’enseignement classique » et de les aider à ouvrir les yeux sur le monde. Ils se félicitent de pouvoir « sortir du collège » pour mener ce genre de projet.

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Les collégiens de Descartes ont réalisé un journal, une édition spéciale du K’eskon attend ?. Interview, reportages, enquêtes. Les huit pages ont été écrites en quelques jours par les jeunes journalistes et le journal distribué à 400 exemplaires à la fin de la semaine.

Marie, Pauline, Justine et Léa ont choisi l’option journalisme « par curiosité ». Nulle vocation parmi ces élèves de troisième si ce n’est l’envie d’écrire et de s’informer. «Nous regardons le journal télé mais nous ne lisons pas les journaux » avouent-elles. Avant d’ajouter : « nous avons conscience que la liberté d’expression est importante dans notre pays. »

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L’association Les Ptits Débrouillards a, quant à elle, animé un atelier « Trier l’information et vérifier les sources. » Des vidéos tirées d’internet ont été présentées aux élèves de l’option média du collège George Sand. Sur l’une d’entre elles, de type vidéo amateur, un aigle tourne au-dessus du parc du Mont-Royal à Montréal,  puis  attrape un petit enfant qui se trouvait là. « Cette vidéo est-elle réaliste ? » interroge l’animateur.
« Oui » répondent sans hésiter les collégiens, avant de se mettre à la recherche des sources par internet.

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Chaque petit groupe d’élève peaufine sa technique : on se renseigne sur le poids que peut porter un aigle, on cherche des informations sur la personne qui a posté la vidéo, on regarde les images au ralenti. Bientôt, l’évidence apparaît : cette vidéo est un « fake », une blague réalisée par des étudiants canadiens. De quoi apprendre à être vigilant sur ce qu’on trouve en ligne.

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Enfin, deux artistes ont accompagné les jeunes lors de cette semaine de la presse. Le photographe portugais Antonio Tavares avait choisi d’exposer « Les armes de la liberté », des clichés réalisés lors de reportages dans des zones de guerres ou de conflits, tout autour du monde. Des images, parfois dures, qui n’ont pas laissé insensibles les jeunes. Avec en tête l’image du petit Aylan échoué sur une plage, ils se sont demandés : « et si une photo pouvait changer le monde ? ».

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Le réalisateur et dessinateur Jacques Epaud a impressionné par son talent de caricaturiste ceux qui ont bien voulu se soumettre à son œil malicieux. Son discours sur l’art rejoint la notion de liberté :  « La liberté d’expression, pour moi, c’est dire ce que l’on veut. Mais aussi de respecter la parole de l’autre. » Il aime transmettre aux enfants et aux ados sa passion. « Tout le monde est capable de s’exprimer par le dessin, il suffit de s’entraîner et d’avoir confiance en soi » explique celui qui dessine partout, dans les files d’attentes, en regardant une scène de vie, ou inspiré par l’actualité.
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Une semaine riche en rencontres et en regards, où l’éducation populaire et l’éducation nationale n’ont pas hésité à marcher main dans la main pour aider les jeunes à prendre conscience de leurs capacités et du monde qui les entoure. Sous le soleil éclatant de la liberté d’expression.

Claire Marquis, la chambre (de) Claire

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